Solidaires du monde Créer son blog Se connecter Signaler un abus Retour sur le portail

dimanche, 28 février 2010

Ce soir, j’emballe !

Christo_-_Le_Diable.jpg

Je ne sais pas vous, mais quand je déballe mes petites affaires chez moi, c’est un gros boulot. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas d’un étalage de mes parties les plus intimes -et cependant respectables-, dont je vous parle. Il s’agit de mes commissions, petites ou grosses, je vois que vous vous égarez encore, je parle des courses, que tout un chacun doit faire de temps en temps, dans son supermarché préféré, pour survivre en ce bas monde. Une fois déballées, je divise tout en deux, une partie stockée dans les frigos, congélos, placardos et autres, l’autre partie… l’autre partie, je suis bien embêté ! Déjà qu’il m’a fallu acheté un cuttéreux, « cutter » pour les anglophiles, pour ouvrir mes emballages, dont l’emballage du « cutter »lui-même. Oui, le premier « cutter », vendu au monde était forcément vendu sans emballage, sinon on n’aurait jamais pu commencer à le déballer. Je fais donc un tas de ces emballages, souvent aussi important que ce qu’ils emballaient, d’ailleurs. Allez acheter un taille crayons, tout simple, si vous arrivez à en trouver, parce qu’ils sont souvent vendus avec la taille normale, et le taille « gros crayon », qui n’existe plus depuis belle lurette. C’est tout petit, un taille-crayons, mais alors l’emballage, bonjour ! De quoi faire une cabane à n’importe quel SDF. La nouvelle réclame des taille-crayons : Achetez le taille-crayon bi-fluoré de chez Chpountz, vous abriterez deux Haïtiens avec son étui protecteur. Et il protège de quoi, l’étui ? Eh bien, le carton protège de l’humidité, des intempéries, si fréquentes dans nos hypermarché, et le plastique est certifié anti-séisme et anti-radiations, c’est bien connu.

En fait, c’est juste pour éviter qu’on le pique, des vols à grande échelle de taille-crayons ont déjà coulé tant de petits commerces, nul ne l’ignore.

Quand je regarde ce tas de plastique, de carton, de papier et d’agrafes aux couleurs multiples, voire fluos, je me dis « tiens , si j’osais, je renverrai tout ça d’où ça vient ! », enfin, si j’avais le droit ! Eh bien oui, tu en as le droit !


« Oui, le consommateur opposé au suremballage peut laisser aux caisses de son supermarché, s'il le souhaite, les emballages qu'il juge inutiles, explique Jérôme Bédier, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Une position exprimée au nom de la satisfaction-client. Il s'inquiète néanmoins des problèmes « pratiques » qui surviendraient si un tel réflexe se généralisait. Mais généralisons le !

Existant ailleurs en Europe, l'abandon des emballages superflus en sortie de caisse n'est pas une habitude française. Quelques expérimentations existent au sein de différentes enseignes (Carrefour, Auchan, Système U, Casino). Ecoutons le même Jérôme Bédier :

« On voit comment on peut faire sans que cela devienne ingérable pour le magasin. L'axe sur lequel nous travaillons est de cibler certains déchets d'emballage, comme les boîtes d'aluminium pour lesquelles il peut y avoir une valorisation assez importante. Nous testons des récupérateurs automatiques. »

Mais le président de la FCD insiste sur l'aspect expérimental de ces initiatives :

« Nous le disons de façon très nette : il ne faut pas que le magasin devienne un lieu de collecte des déchets. »

Ah bon ? Je pense le contraire. Les emballages nous emmerdent, d’ailleurs, on ne parle plus d’emballage, mais de suremballage.

La collecte des déchets, on le fait déjà pour les bouteilles plastiques, le verre, parce qu’il est plus rentable de jeter que de récupérer, pour le distributeur. Pourtant, des consignes automatiques ont existé dans les magasins. Le verre, en lieu et place du plastique, que d’économies, que d’écologies. Mais le distributeur préfère alimenter les décharges géantes ou faire tourner les incinérateurs, plutôt que de gérer les retours de consigne. Et bien, il faudra qu’il gére aussi les retours d’emballage, car le mouvement est en marche, et vous pouvez ramener toutes vos merdes, car ce genre de déchets n’a pas d’autre qualificatifs, chez votre marchand habituel, Monsieur Intermarché ou M Casino, voire Mme Superette.

Le Sénat a pourtant adopté un amendement au projet de loi « Grenelle II », actuellement en navette entre Sénat et Assemblée, qui vise à institutionnaliser la collecte en grandes surfaces à travers des plates-formes dédiées. Vent debout contre cette éventualité, la FCD a déjà obtenu le relèvement du seuil des magasins concernés, de 500 à 2 500 m2. Mais elle déplore qu'un amendement ait instauré cette mesure « qui avait été écartée des conclusions du Grenelle », rappelle Jérôme Bédier, et ne désespère pas d'en obtenir l'abandon.

Jérôme Bédier : « Au final, tout est payé par le consommateur »

L'argument de la FCD est qu'il vaut mieux prendre le problème du suremballage à la source. Il rejoint celui des environnementalistes. Pour le Centre national d'information indépendante sur les déchets (Cniid), qui soutient depuis 1993 des opérations ponctuelles de déballage dans les supermarchés « le principal avantage des plates-formes de déballage est de permettre la sensibilisation du public ».

Wiebke Winkler, chargée de mission « réduction des déchets » au Cniid :

« La grosse inconnue qui demeure en cas de déploiement de plates-formes de déballage est de savoir ce que fera le magasin des déchets collectés : les transfèrera-t-il dans un circuit de collecte préexistant, où les intégrera-t-il dans son flux de déchets internes ? Cette dernière solution paraît la plus cohérente. »

Sur ce point, la FCD craint que la création d'une nouvelle filière n'entraîne des coûts nouveaux, tout en « désoptimisant » les filières de collecte déjà existantes. « Plus on crée de nouveaux circuits, de nouvelles filières, plus ça rajoute des coûts », rappelle Jérôme Bédier. « Et au final, tout est payé par le consommateur. »

Réduire, réutiliser, recycler… Ne serait-il pas possible de supprimer les emballages, plutôt, eux qui sont responsables d'un quart des déchets des ménages ? On nous dit que non, à cause des sur la composition et les dates de péremption du produit.

Quand on voit la place que prennent ces informations, visibles uniquement à la loupe, alors que les 9/10ème du papier ne montre que la pub et des slogans colorés !

Tous les acteurs concernés -collectivités, industriels, consommateurs- s'accordent tout de même sur ce constat : il y a beaucoup trop de déchets en général et d'emballages en particulier. Leur poids et leur nombre doivent être réduits, leur valorisation facilitée. Si le nombre d'emballages mis sur le marché connaît, depuis 2003, une réduction « historique » c'est parc'e que la consommation des ménages s'est cassée la gueule.

Qui se plaindra d'avoir un joli emballage coloré, attractif, appétissant ? Les industriels le savent bien et le « packaging » fait aujourd'hui l'objet d'attentions toutes particulières. Mais qu'en faire après consommation à la maison ? En fait il n’a servi qu’à faire vendre le produit.

Est-il recyclable ? Est-ce que je pollue si je ne le recycle pas ?

Composé de plastique, de papier, carton, métal, certains conditionnements seront recyclés. Sur la période 1997-2006, l'Ademe note un taux « satisfaisant » de recyclage des emballages : 60% en moyenne.

Ah ça, c’est satisfaisant ! ça signifie que près de la moitié est incinéré, mis en décharge ou abandonné dans la nature, constituant un danger pour notre environnement et notre santé.

L'essentiel de nos emballages est issu de produits alimentaires. Pour exemple, 8 milliards de yaourts sont consommés chaque année en France. 8 milliards ! Vous déconnez aussi, merde ! Y a quand même autre chose que des yaourts, comme dessert ! Du fromage blanc, des fruits, des crêpes… Plus de 38000 tonnes de plastiques ! Non-recyclés. Pourquoi la France ne recycle-t-elle pas ses pots de yaourts à l'instar du Québec ou d'autres pays européens ? Par manque d'infrastructures, pardi. Et par manque… de volonté pour certains, de financement pour d'autres. On s'en fout: l'emballage est payé par le consommateur.

Installer une nouvelle filière de recyclage pour traiter les plastiques dits « mous » comme les yaourts ou « plats » comme les films ou les blisters, nécessiterait un investissement certain mais nécessaire.

Rémi Guillet, président du comité de pilotage du Plan national de prévention des déchets, explique :

« Avant de mettre en place la filière de recyclage des bouteilles en plastique, au début des années 1980, nous nous posions les mêmes questions. Les mêmes objections provenaient des mêmes acteurs. Nous avons pourtant réussi. A l'époque, même la collecte était à créer. Aujourd'hui, cet investissement n'est plus à faire. »

Mais les producteurs ne l'entendent pas de cette oreille. Depuis 1992, tout producteur et importateur de produits ménagers est « tenu de contribuer ou de pourvoir à l'élimination de l'ensemble de ses déchets d'emballage ». Ils versent ainsi 0,06 € par unité à l'organisme dédié, Eco-Emballages. Si une nouvelle filière fait son apparition sur le territoire, ce montant s'en verra rehaussé, le prix du produit également… Mais si, comme le dit le bureau international du travail, l'environnement est source d'emploi et de croissance, le jeu en vaut peut-être la chandelle. Et si le prix du baril de pétrole continue son ascension, le recyclage du plastique, issu de l'or noir, faut pas l'oublier non plus, pourrait devenir incontournable.

Chez Eco-Emballages, on souligne l'importance de « mieux emballer » pour amoindrir l'impact du produit sur l'environnement. C'est le but de l'écoconception. Il peut s'agir d'introduire dans la composition de l'emballage des matériaux naturels ou recyclés ou bien de réduire son poids. Entre 1997 et 2000, le poids moyen des pots de yaourt a été réduit de 20%. Bon, c’est un début.

Le Cniid lui, place les solutions en amont : « L'emballage sans utilité avérée doit être supprimé et l'emballage durable doit être privilégié. » Les mini-dosettes, portions individuelles, doubles emballages devraient ainsi disparaître.

Des moyens techniques, éprouvés dans d'autres pays, sont aussi à étudier. Le vrac, s'il respecte les règles de l'hygiène, permet une réduction considérable des déchets. Au Québec, les Nettoyants Lemieux

-Lemieux, c'est bien mieux- l'ont développé : le client achète sa lessive et son contenant au premier achat et le fait remplir les fois suivantes.

La consigne -disparue en France pour les particuliers mais toujours en place en Allemagne et ailleurs- incite également les consommateurs à rapporter leurs bouteilles en verre, en plastique ou en aluminium sur les lieux de distribution pour y récupérer quelques centimes. L'Ademe y travaille actuellement.

Grand défenseur de la prévention des déchets, Rémi Guillet porte enfin le fer sur l'achat lui-même : en buvant de l'eau du robinet, on supprime par exemple un déchet, la bouteille. Encore faut-il que l'eau soit buvable. J'ai en projet une petite émission là-dessus, on en reparlera.

L'achat responsable et le non-achat sont les armes du consommateur. En choisissant de faire son marché avec un panier, patates, carottes et autres melons seront posés délicatement dans le fond du cabas. Ici, zéro déchet. Pour aller plus loin, suivez les débats concernant ces questions. Ils sont nombreux. Et n'hésitez pas à vous tourner vers les services consommateurs de vos marques fétiches pour les sensibiliser…

Il reste l'arme absolue. Hein, non, par le canon laser : Le boycott !

Produit trop emballé ? J'en prend un autre. Si j'ai pas le choix, je défais l'emballage et le donne à la caissière ou le laisse dans le supermarché.

Comme on dit chez nous, emballé, c'est pesé !