lundi, 08 février 2010
« Reconstruire Haïti » pour ses salaires de misère

Des ministres gouvernementaux, des banquiers internationaux et des organismes humanitaires se sont réunis à Montréal lundi pour discuter des plans de reconstruction d’Haïti, ravagé par un tremblement de terre. Au cœur de leurs propositions se trouve l’exploitation des travailleurs haïtiens à des salaires de misère.
La conférence n’a rien offert de concret sur le plan d’aide nouvelle et a plutôt servi à planifier une rencontre de donateurs aux Nations unies en mars. La majeure partie du discours provenant de la conférence semblait avoir peu de liens avec la situation sur le terrain en Haïti, où 150 000 personnes ont été confirmées mortes, des centaines de milliers de plus ont été blessées et plus de 1,5 million fait sans-abris.
Le premier ministre Jean-Max Bellerive, représentant ce qui reste du gouvernement haïtien et accompagné de ministres des Affaires étrangères de l’Europe et des Amériques a souligné qu’il fallait que la souveraineté d’Haïti soit respectée, que les forces militaires étrangères soient subordonnées aux efforts humanitaires et que les Haïtiens puissent déterminer et mener leurs propres efforts de reconstruction.
Des responsables de premier plan, incluant le directeur du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, sont allés jusqu’à parler d’un « plan Marshall » pour Haïti.
En réalité, Haïti est maintenant en train d’être dirigé par l’armée américaine, qui a déployé 13 000 soldats et pris unilatéralement le contrôle des aéroports et des ports du pays. Le Pentagone a dominé l’approvisionnement en aide et l’a subordonné à la tâche prioritaire de déployer des soldats et des Marines américains équipés pour combattre. Cela s’est fait principalement au détriment des Haïtiens blessés et affamés qui attendent de la nourriture et des équipements médicaux pour sauver leurs vies.
L’hebdomadaire américain Times a reflété la véritable situation. Il a fait référence au plus haut commandant militaire américain dans le pays, le lieutenant-général américain Ken Keen, en le décrivant comme un « roi de facto en Haïti ». Au même moment, le peuple haïtien n’a rien vu ou entendu du président haïtien René Préval.
Derrière les discussions sur les Haïtiens déterminant leur futur et le gouvernement du pays qui dirige, un plan échafaudé dans les mois précédents le tremblement de terre est discuté, un plan dicté par les intérêts de profit des banques et des entreprises américaines, accompagnés de ceux de l’élite riche haïtienne.
S’adressant à des journalistes en déplacement entre Washington et Montréal, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, a fait référence à ce plan en louangeant le travail de son mari, l’ancien président Bill Clinton, qui a tenté de l’implanter depuis sa fonction de délégué des Nations unies à Haïti.
« Il vient tout juste d’y avoir une conférence avec 500 individus du monde des affaires », a-t-elle dit. « Ils signaient des contrats, ils faisaient des investissements. »
Elle a poursuivi : « Alors, nous avons un plan. C’était un plan légitime, réalisé conjointement avec les autres donateurs internationaux, avec les Nations unies. Et je ne veux pas recommencer à zéro, mais nous devons reconnaître les nouveaux défis que nous confrontons. »
Le plan, établi l’année dernière à la demande des Nations unies, est destiné à développer l’économie haïtienne par le développement de zones de libre-échange basées sur des ateliers de misère de vêtements dans lesquelles les travailleurs haïtiens recevraient des salaires miséreux.
Cette initiative se base sur un rapport de l’ONU écrit par le professeur en économie de l’Université d’Oxford, Paul Collier. La pauvreté en Haïti, la pire dans les Amériques, y est présentée, de façon perverse, comme son principal atout dans une économie capitaliste mondialisée.
« Parce que c’est un pays pauvre et que le marché du travail y est relativement peu réglementé, les coûts du travail sont en Haïti compétitifs avec ceux de la Chine, le pays avec lequel il faut se comparer mondialement », écrit Collier.
Cet « atout » fait l’objet d’une garde jalouse tant par Washington que par l’élite dirigeante parasitaire d’Haïti. L’ancien président Jean-Bertrand Aristide a été renversé deux fois, la première en 1991 et la deuxième en 2004, par des coups sanglants orchestrés par la CIA en alliance avec les propriétaires d’usines haïtiennes, en large mesure parce qu’il avait suggéré d’augmenter le salaire minimum haïtien.
Après avoir été élu pour une deuxième fois en 2000, Aristide a doublé le salaire minimum et interdit le travail à la pièce dans les fabriques de vêtements, ce qui a rencontré une vive opposition au sein des propriétaires de ces entreprises. Andy Apaid, le propriétaire américano-haïtien des plus grands ateliers de misère en Haïti et un des principaux alliés de Clinton avec son dernier plan de « développement », a été un acteur clé dans le coup d’Etat de 2004. Lors de ce coup, Aristide a été enlevé et expulsé du pays par des soldats américains et des milliers d’Haïtiens ont été massacrés par les escadrons de la mort de la droite.
L’an dernier, après des manifestations de masse des étudiants et des travailleurs au cours desquelles de nombreuses personnes ont été tuées ou blessées, le président Préval a été forcé d’accepter une augmentation du salaire minimum qui avait été votée en chambre. Toutefois, il a imposé un salaire minimum spécial plus bas pour l’industrie du textile de 2,98 $ par jour, soit environ vingt fois moins que le salaire minimum aux Etats-Unis.
Alors qu’un tel système permettra aux industriels du textile d’empocher des surprofits et à l’oligarchie haïtienne de s’enrichir encore plus, il n’améliorera en rien la pauvreté abjecte du pays et ne fera qu’empirer l’inégalité sociale, déjà la pire au pays. La confection de vêtements en Haïti dans des zones de libre échange avec des tissus importés et pour le marché extérieur n’aura qu’un impact minimal sur l’économie locale.
Alors que la secrétaire d’Etat Clinton a indiqué que ce plan de travail d’esclave est toujours celui que Washington veut implanter même après le tremblement de terre du 12 janvier, elle admet que la catastrophe signifie qu’il faudra lui apporter des modifications.
Clinton a accueilli les propos de Bellerive sur la « décentralisation » de l’économie haïtienne. « Dans le cadre des efforts multilatéraux d’aide à Haïti, nous devrions considérer la façon dont allons décentraliser l’opportunité économique et travailler avec le gouvernement et le peuple d’Haïti pour venir en aide au relogement. Déjà, ils le font d’eux-mêmes en quittant Port-au-Prince pour retourner dans la campagne dont ils viennent tous pour la plupart », a-t-elle dit.
Les autorités haïtiennes, appuyées par Washington et l’ONU, ont commencé à mettre en œuvre leur plan pour déplacer des centaines de milliers de personnes, des pauvres surtout, de Port-au-Prince vers des camps de relogement. Des terrains ont été préparés pour un de ces camps à Croix-des-Bouquets, à douze kilomètres de la capitale, pour accueillir dix mille personnes. D’autres sites ont aussi été désignés dans l’idée que les personnes évacuées de la capitale s’y installent de façon permanente.
Dans une société qui connaît des divisions aussi aigües, le soi-disant plan de reconstruction d’Haïti est inévitablement développé selon des intérêts de classe. Peut-être verrons-nous que les nouveaux camps de relogement serviront à offrir une source de travail captive pour les zones de libre-échange qui seront établies juste à côté.
Au même moment, Port-au-Prince sera reconstruite moins grande, dans une taille qui siéra mieux aux intérêts des riches du pays. C’est ce qu’a laissé entendre l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Raymond Joseph, dans une récente déclaration. Dans une émission portant sur la tragédie infligée au peuple haïtien diffusée sur C-SPAN, le réseau de télévision américain consacré à la retransmission des travaux du Congrès, il a déclaré : « C’est une opportunité en or. Ce qui n’était pas possible politiquement a été accompli par le tremblement de terre. Nous reconstruirons de façon différente. »
De telles réingénieries sociales réalisées au nom des intérêts de la classe dirigeante du pays et du capital étranger, aux dépens des larges masses des travailleurs et des pauvres Haïtiens, résulteront inévitablement des soulèvements sociaux et de la résistance. Voilà pourquoi Washington a mis l’envoi « de bottes sur le terrain » en tête de liste de ses priorités, avant le sauvetage des vies des victimes du tremblement de terre.
En France : le gouvernement soutient l'occupation américaine de Haïti dévasté par un tremblement de terre.
Après le tremblement de terre du 12 janvier qui a dévasté Haïti, le gouvernement français prend des mesures pour faire cesser en Europe l'opposition politique à l'occupation militaire américaine de Haïti.
L'intervention américaine a bloqué les aides essentielles en nourriture et médicaments, y compris venant d'organisations telles Médecins sans frontière, tandis que Washington se concentrait à consolider son étau sur Haïti. Le bilan du tremblement de terre s'élève à plus de 200.000 morts, 250.000 blessés et des millions de sans-abris. Cette catastrophe a aussi renforcé les projets impérialistes de faire de Haïti une plateforme de travail bon marché d'esclaves salariés payés avec des salaires de misère dans l'industrie de l'habillement.
Le président français Nicolas Sarkozy qui a bâti sa politique étrangère autour du projet de réparer les relations franco-américaines après que son prédécesseur Jacques Chirac s'est opposé à la guerre en Irak aux Nations unies, s'est empressé de répudier le reproche à présent célèbre de son ministre de la Coopération et des territoires d'outre-mer, Alain Joyandet qui a dit concernant les opérations américaines en Haïti : « Il s'agit d'aider Haïti. Il ne s'agit pas de l'occuper. »
Les commentaires de Joyandet ont été repris par Guido Bertolaso, dirigeant de l'Agence pour la protection civile d'Italie. Bertolaso a ainsi qualifié l'opération américaine en Haïti de « démonstration de force » vraiment puissante, mais totalement coupée de la réalité. Il a ajouté que les Américains n'étaient pas en phase avec le territoire ni avec les organisations internationales et les groupes d'aide. Bertolaso a ajouté que confrontés à une situation de chaos, les Etats-Unis tendaient à faire l'amalgame entre intervention militaire et ce qui devrait être une opération d'urgence que l'on ne peut confier aux forces armées. Ce qui manque, a-t-il dit, c'est un leader, une capacité de coordination qui aille au-delà de la discipline militaire.
La position officielle française est venue dans un communiqué présidentiel qui affirmait : « Les autorités françaises sont [.] pleinement satisfaites de la coopération » avec Washington. Le communiqué ajoute qu'elles reconnaissent « le rôle essentiel qu'ils [les Etats-Unis] jouent sur le terrain en faveur de Haïti. »
Au même moment, le gouvernement français se prépare à renvoyer des immigrés haïtiens vers leur pays dévasté et occupé. Le 13 janvier, le ministre de l'Immigration Eric Besson a fait cesser les procédures d'expulsion contre les sans-papiers haïtiens, mais uniquement pendant 3 mois, soit moins que les 18 mois accordés par le gouvernement américain. Pour de nombreux immigrants, cela signifie un retour vers la famine et des maisons réduites à des gravats. Besson a rejeté les appels d'organisations de soutien pour que soient accordés des permis de séjour à tous les Haïtiens en France.
Des reportages indiquent que même ces annonces de concessions tout à fait inadéquates ne sont pas respectées. Le 22 janvier dans la préfecture du Val de Marne, à proximité de Paris, les expulsions se poursuivaient comme d'habitude. La préfecture a donné l'ordre d'expulser deux Haïtiens dont les passeports n'étaient pas en règle. Le bureau du Procureur a dit, « Les Haïtiens ont un mois pour quitter la France. »
Le gouvernement Sarkozy soutient pleinement le mensonge fondamental utilisé par les Etats-Unis pour justifier son occupation militaire de Haïti. La sécurité est le problème central en Haïti. Prenant la parole le 23 janvier lors des préparatifs de la conférence de Montréal sur Haïti, Sarkozy a essayé d'utiliser la catastrophe pour mettre sur pieds une force européenne de sécurité : « La sécurité, c'est aussi la capacité de réagir face à l'urgence.... » Il a ajouté, « C'est pourquoi la France préconise la création d'une force européenne de sécurité civile... qui pourrait être déployée très rapidement. »
Les affirmations de Sarkozy, du premier ministre François Fillon et de Besson d'une « vieille amitié » et de « liens historiques et culturels profonds » entre la France et son ancienne possession coloniale sont hypocrites et sinistres.
Bien que la France ait cédé aux Etats-Unis sa position de principale puissance impérialiste en Haïti au début du 20e siècle, elle a, d'un point de vue historique, joué un rôle crucial pour maintenir le pays dans la pauvreté. Napoléon, qui était venu au pouvoir sur la base de la suppression de l'influence des masses dans la vie politique, influence qui avait conduit à la reconnaissance par le gouvernement révolutionnaire français de l'indépendance de Haïti et à la libération de sa population d'esclaves en 1794, avait envoyé des troupes dans le but d'imposer à nouveau l'esclavage. Ces forces armées avaient été vaincues par les esclaves haïtiens conduits par Toussaint L'Ouverture et Jean-Jacques Dessalines.
Mais en 1825, avec 14 navires de guerre menaçant Port-au-Prince, la monarchie française restaurée de Charles X exigea de Haïti qu'elle rembourse 150 millions de francs, plus tard réduits à 90 millions, en échange de sa propre liberté. Cette indemnité fut un coup très dur pour Haïti qui ne réussit à la payer qu'en 1947.
Le corps de Marines américains qui régnait sur Haïti de 1915 à 1934 ne remit pas en cause cet arrangement et le rôle de la France, à des moments clés de l'histoire de Haïti, a consisté à apporter son soutien aux Etats-Unis. Le soutien français aux dictatures en Haïti, appuyées par les Etats-Unis est symbolisé par la décision de « Baby Doc » Duvalier de s'enfuir en France après qu'il eut perdu le pouvoir en 1986. Des troupes françaises contribuèrent à l'occupation de Haïti après le coup de 2004, soutenu par les Etats-Unis, contre le président élu Jean-Bertrand Aristide.
Actuellement, le gouvernement français ne fait aucune critique du blocus des eaux haïtiennes par la marine et les garde-côtes américains, opération appelée « Vigilant Sentry » (sentinelle vigilante), visant à intercepter et renvoyer au pays tout Haïtien cherchant à s'échapper. Il n'a pas non plus protesté contre le fait que les Etats-Unis ont mis en place un camp de détention dans sa base navale de Guantànamo Bay à Cuba et qui peut accueillir plus de 1 000 Haïtiens qui tenteraient d'échapper au blocus.
De fait, tout porte à croire que la bourgeoisie française s'en réjouit. Comme le suggère le traitement des sans-papiers haïtiens ou d'autres nationalités avant le séisme, il ne fait aucun doute que les autorités françaises sont soulagées de voir que le blocus empêchera la fuite d'une marée de réfugiés de Haïti vers les départements et collectivités français d'outre-mer, dont la Guadeloupe et la Martinique qui sont à proximité.
Les conditions sociales sur ces îles sont déjà très tendues. L'année dernière, il y avait eu une grève générale de 44 jours en Guadeloupe. Le quotidien Le Monde avait alors écrit que la grève générale en Guadeloupe « suscite les plus vives inquiétudes au sommet de l'Etat. » Il expliquait : « le gouvernement redoute que les mesures en faveur du pouvoir d'achat qui seraient consenties dans les îles servent, en métropole, de référence aux syndicats. »
La communauté haïtienne des départements et collectivités français d'outre-mer est très opprimée. Un rapport de 2006 publié par l'association Migrants d'outre-mer en lien avec le Collectif Haïti de France dit que sur les 1,5 millions de Haïtiens vivant à l'étranger, on en trouve 10.000 sur le territoire français: 40.000 en France métropolitaine, 30.000 en Guyane et 20.000 en Guadeloupe.
Parmi les Haïtiens vivant en Guadeloupe, 5000 sont des sans-papiers. Sur l'île, « Les expulsions sont massives : on dénombre en moyenne 2000 par an. Lorsqu'une personne en situation irrégulière est arrêtée, elle reçoit une"obligation à quitter le territoire français" (OQTF) dans un délai d'un mois. » Cette OQTF peut être contestée auprès du Tribunal administratif. Ce recours est suspensif en métropole mais pas en Guadeloupe.
En règle générale, les Haïtiens de Guadeloupe ont des salaires très bas et subissent des discriminations. Le rapport fait remarquer: « Certaines écoles demandent les papiers d'identités des parents pour inscrire les enfants, ce qui fait extrêmement peur aux parents en situation irrégulière. »
Le rapport révèle qu'un accord est négocié entre la France et Haïti visant à permettre à l'Etat français d'expulser plus facilement des Haïtiens vivant en France et dans ses départements et collectivités d'outre-mer. De tels accords ont aussi été conclus avec d'anciennes colonies françaises en Afrique.
En 2006, le GARR ( Groupe d'Appui aux Rapatriés et Réfugiés ) a publié des chiffres accablants sur le traitement infligé de janvier à novembre 2005 aux demandeurs d'asile politique haïtiens en France et dans les départements d'outre-mer (DOM.) Sur 4 718 demandes dans les DOM seuls 2,3 pour cent ont été accordés. « La plupart des Haïtiens arrivent par bateau. Ils passent par l'île de la Dominique, située à 80 kilomètres au sud des côtes guadeloupéennes. » En 2004, pour atteindre la Guadeloupe au départ de Haïti, un migrant devait payer à un trafiquant 2000 à 3000 dollars, plus 300 à 400 dollars de plus à l'arrivée. À n'en pas douter, le tremblement de terre a dû faire grimper en flèche ces coûts.
Dans son étude « L'immigration clandestine en Guadeloupe : le cas des Haïtiens » l'universitaire Louis-Auguste Joint fait remarquer l'oppression des immigrants haïtiens qui sont souvent considérés comme les boucs émissaires des problèmes sociaux. En 2004, à l'époque du coup d'Etat appuyé par les USA et la France contre le président haïtien élu Jean-Bertrand Aristide, coup d'Etat dont il estime le bilan à 10 .000 morts, seuls 10 des 2005 demandeurs d'asile avaient obtenu le droit d'asile.
En Guadeloupe, l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) remet aux demandeurs d'asile un récepissé durant la période d'attente du verdict. La décision est prise à Paris. Les travailleurs ont une autorisation de séjour mais n'ont pas l'autorisation légale de travailler jusqu'à ce que le verdict soit rendu. C'est ainsi qu'ils sont la proie de patrons qui les exploitent, les faisant travailler 18 heures par jour pour 20 ou 30 euros dans des plantations de canne à sucre ou de bananes.
sources :mondialisation.ca










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